Résumé
Refuser la démarche des économistes qui présentent comme des énoncés scientifiques ce qui relève souvent de jugements de valeur, et qui occultent des sujets-clés comme les questions de pouvoir et de partage, telle est l’ambition de l’auteur. Bernard Maris s’interroge donc sur un certain nombre de présupposés jamais remis en cause, l’efficacité comme fin en soi ou le marché comme idéal social.
Commentaire critique
Ne pas prendre trop au sérieux les économistes, qui, comme le dit Jacques Attali « sont toujours capables d’expliquer magistralement le lendemain pourquoi ils se sont trompés la veille », écouter Keynes qui proposait à ses pairs d’adopter une position modeste, car « demain, tout simplement on ne sait pas », le ton de l’ouvrage est donné. S’il ne croit guère aux « lois » de l’économie, B. Maris dit que ce qu’il faut enseigner, c’est l’histoire et les faits économiques, et pour les expliquer faire appel à la sociologie, à la psychologie, à l’anthropologie, ce qui correspond à l’approche des sciences économiques et sociales dans l’enseignement secondaire. Dans son ouvrage, il se propose de faire « découvrir comment les économistes ont “naturalisé” l’économie, l’ont soumise à de pseudo-lois naturelles pour éviter les sujets-clés : qui fabrique l’argent permettant aux gens de vivre, qui crée l’opacité sur les marchés, occulte son rôle néfaste et son inefficacité », masque le rôle joué par l’altruisme et la gratuité ?
Le livre s’organise en quatre parties :
1. Principes de scolastique économique : Bernard Maris dénonce l’abus d’équations fascinantes, qui évite de s’interroger sur l’idéologie dont regorge l’économie et permet aux économistes de rester « entre soi » en éliminant les sociologues et autres philosophes. Il rappelle que l’économie n’est pas une science exacte et que, comme le dit Raymond Barre, « les modèles sont ventriloques » : ils racontent ce que les politiques veulent leur faire dire.
2. La guerre économique : l’auteur rappelle que le marché commence avec l’opacité et le mensonge, qu’à l’encontre du mythe, l’économie réelle n’aime ni la concurrence, ni la transparence et que, si l’éducation et le progrès technique, qui sont gratuits, tirent l’humanité vers le haut, la concurrence et le marché tirent plutôt la société vers le bas. Il dénonce aussi les effets pervers de la mondialisation qui s’est accompagnée d’une augmentation des inégalités. Un chapitre sur l’affaire Enron permet de montrer le fossé entre marchés théoriques et fonctionnement réel des marchés.
3. Le nerf de la guerre : dans cette partie, B. Maris s’intéresse à l’argent, que les économistes négligent, niant ainsi le pouvoir de l’émetteur. Si l’on pense aux rôles des banques sur le marché monétaire international et à celui du dollar, on comprend l’importance de la question. Il s’attaque aussi au mythe de « la Bourse qui finance l’économie » et aux aspects pervers des fonds de pension et des stock-options.
4. Le butin : l’auteur s’interroge sur le partage de la richesse, sur la croissance et ses facteurs en donnant toute son importance à la théorie de la croissance endogène. Il fait l’éloge des plans à la française, qu’il oppose aux désastres provoqués par les recommandations du FMI dans nombre de pays en développement. Il termine sur une approche de « l’autre économie » en insistant sur l’importance de la solidarité et de la gratuité.
On peut déplorer quelques approximations (la façon dont est présenté le rôle des anticipations dans les crises de surproduction) et affirmations trop rapides – « la concurrence conduit toujours à la mauvaise solution, elle est inefficace », celle-ci corrigée d’ailleurs dans un autre chapitre : « La compétition donne en général de moins bons résultats que la coopération ». Mais le livre est stimulant, plaisant, plein d’humour et renvoie à une vision de l’économie qui serait réencastrée dans le social, comme le souhaitait Polanyi. Pour ce faire, Bernard Maris n’hésite pas à faire appel à la littérature : il met en relation le héros de Bel-Ami, de Guy de Maupassant, et Kenneth Lay l’ex-dirigeant d’Enron, Zola et la Bourse, Michel Houellebecq et les travers du libre-échange. En effet, chaque chapitre se termine par des textes d’économistes, mais aussi de romanciers ou de philosophes.
Niveau de lecture
Étudiants, élèves des classes terminales et préparatoires, enseignants.
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Note de lecture rédigée par Micheline
Rousselet,
Professeur de sciences économiques et sociales
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MARIS
Bernard Antimanuel d’économie Rosny : Bréal, 2003. 359 p.
ISBN : 2-7495-0078-8 |
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