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Alain Domenech, IA-IPR d’arts plastiques
Introduction
Tâche difficile que d’engager une réflexion sur les programmes d’une discipline alors qu’ils sont en cours de validité dans l’ensemble du système éducatif. Deux précautions s’imposent :
– ne pas compromettre leur bonne application par un propos pouvant apparaître comme une remise en cause ;
– se mettre à distance des enjeux idéologiques qui, par « nature », ne visent pas à l’objectivité.
C’est donc dans les limites de ces deux contraintes qu’il faut recevoir mon propos.
Il faut noter qu’une des difficultés de l’interprétation de ces programmes réside dans l’idée, plus ou moins répandue, que l’enseignement du dessin n’en fait plus partie. Sans chercher les fondements (de nature idéologique ?) de cette opinion, c’est dans le corps même du texte, dans sa « littéralité », que nous allons « lire » ces programmes.
S’agissant de repérer le statut du dessin dans les programmes des collèges et lycées (en étendant la recherche aux cahiers d’accompagnement à l’usage des enseignants – notés Acc. dans la suite de ce texte), la tâche reste entière si nous souhaitons dépasser la simple notation des passages faisant mention du mot dessin.
Plusieurs méthodes d’investigation sont possibles ; j’ai retenu celle qui part des principales acceptions du mot 1 :
– le dessin en tant que valeur instauratrice (dans le sens de : « le dessin est la probité de l’art 2 » ;
– le dessin en tant que projet (dessein) ; dans cette acception, j’inclus le dessin en tant que « domaine 3» et en tant que « notion 4 ». Il faut toutefois remarquer, que ces deux termes, utilisés dans les programmes, sont aussi employés dans le vocabulaire des sciences de l’éducation ;
– le dessin en tant que technique et/ou moyen plastique. Il faut noter la différenciation que j’effectue entre technique et moyen plastique : une technique peut être enseignée comme une fin en soi, la notion de moyen plastique engage une stratégie plastique. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre « et/ou ».

Au collège
Le dessin en tant que valeur instauratrice
Les programmes des collèges, mis en application à partir de la rentrée 1996 en 6e, indiquent clairement, dès l’introduction générale, dans quel contexte et vers quelles finalités ils ont été pensés :
« [...] Enseignements artistiques en tant que disciplines obligatoires d’enseignement général, les arts plastiques et l’éducation musicale en collège font suite à l’éducation artistique mise en place à l’école primaire. Ils assurent un rôle spécifique dans la formation générale tant pour le développement de la sensibilité et de l’intelligence que pour la formation culturelle et sociale de l’élève. En donnant le goût de la création artistique et en faisant découvrir les œuvres dans leur diversité, ils permettent aux élèves d’acquérir un esprit d’ouverture. Ils contribuent à construire le lien social en le fondant sur des références communes. [...]
« La pratique, sur laquelle se fondent ces enseignements, fait interférer en permanence les acquisitions de repères culturels et de moyens techniques, dans une dimension constamment créative. En confrontant leur pratique aux œuvres de la création artistique, les élèves peuvent donner sens à ce qu’ils font et situer ce qu’ils apprennent. » (Programmes d’arts plastiques, 6e.)
Par ailleurs, dans l’Acc. de 6e, nous trouvons les précisions suivantes :
« [...] Le programme est pensé de façon à favoriser des situations d’apprentissage ouvrant aux démarches artistiques et permettant de développer chez l’élève des attitudes fondamentales qui donnent sens aux démarches intellectuelles et sociales. » (Acc. 6e.)
Nous nous apercevons ici qu’il n’y a aucune ambiguïté possible sur le statut et la compréhension « éthique » de l’enseignement du dessin, qui ne peut pas être compris en tant que « valeur instauratrice » mais comme une « notion générale » (plus loin dans les programmes, dessin est envisagé en tant que « domaine ») parmi d’autres ; un élément d’un projet éducatif global.
Le dessin en tant que projet (dessein)
Comme nous venons de le noter, le dessin ne peut être isolé des autres contenus d’enseignement ; aussi, si nous l’envisageons maintenant en tant que « projet », c’est (toujours) en articulation avec les autres notions et/ou domaines des programmes d’arts plastiques.
« […] L’enseignement des arts plastiques couvre l’ensemble des domaines artistiques où se constituent et se mettent en question les formes. Peinture, sculpture, dessin, architecture, photographie ainsi que les nouveaux modes de production des images et les nouvelles attitudes artistiques, relèvent aujourd’hui du travail des arts plastiques dont le souci est de prendre en compte la pluralité des démarches et la diversité des œuvres. […] » (Programmes d’arts plastiques, 6e.)
Nous pouvons noter que, dans le texte des programmes, « dessin » est envisagé en tant que « domaine » ; dans les Acc. de 6e, il est, aussi, envisagé en tant que « notion » :
« […] Nombre réduit de notions
« Toujours présentes dans le travail en arts plastiques, mais différemment sollicitées, les notions générales qui font l’objet d’un apprentissage pour l’élève sont en nombre limité (couleur, dessin, matière, lumière, espace, support, corps, ...).
« […] Ainsi par exemple, la notion de couleur sous-entend les autres notions qui s’y rapportent (primaire, complémentaire, etc.), en même temps qu’elle ouvre à l’étude de ce qu’apportent comme questions nouvelles les travaux des artistes. Matisse introduit “l’étendue” comme qualité nouvelle de la couleur selon l’équation quantité = qualité ("Un mètre carré de bleu, c’est plus bleu qu’un centimètre carré de bleu."), Klein introduit la monochromie, etc. » (Acc. 6e.)
À la lecture de l’exemple ci-dessus, nous pouvons décliner la méthodologie mise en œuvre aux différentes notions citées, et donc au dessin.
Le dessin en tant que technique et/ou moyen plastique
Dans les programmes des trois cycles (adaptation, central, orientation), le dessin, en tant que technique et/ou moyen plastique, apparaît soit en citation, soit sous l’expression générique de « moyens graphiques » ou « geste graphique » ou encore de « travail graphique ». Pour le cycle d’orientation, il apparaît aussi en tant que « Savoir-faire, gestes, opérations techniques ».
Cycle d’adaptation
« […] Les situations d’apprentissage au cours desquelles les élèves ont à utiliser des moyens graphiques et picturaux, et à réaliser des travaux en trois dimensions, sont construites sur les activités qui leur sont familières : représentation et fabrication […].
« La ressemblance
« […] De cette manière, les élèves sont confrontés à la question de la représentation comme à celle de la dimension artistique – autonome – du geste graphique ou pictural.
« Introduction de connaissances
« La réalisation de ces travaux permet d’introduire des connaissances en nombre restreint. Elles sont élargies et développées au cours de la scolarité au collège :
« • l’espace en deux dimensions, celui du travail graphique ou pictural : espace littéral lié à la dimension même du support et espace suggéré par l’illusion de profondeur : notions de plan, de surface, d’étendue, de matérialité du support […]. » (Programmes d’arts plastiques, 6e.)
Cycle central
« […] Dispositif de représentation
« Le dispositif de représentation est à comprendre comme l’ensemble des moyens mis en œuvre pour représenter. » (Programmes d’arts plastique.)
« Par "l’ensemble des moyens", il faut entendre ici ce qui relève de la pratique des arts plastiques dans ses différents domaines ou catégories du point de vue des instruments, des matériaux mis en œuvre et des techniques. À ce titre, les pratiques des catégories traditionnelles (dessin, peinture, gravure, modelage ou sculpture) seront sollicitées ainsi que les pratiques ou technologies récentes, comme le collage, l’assemblage, l’installation, la photographie, le photomontage, et, en fonction des équipements, le cinéma, la vidéo, l’infographie, et le multimédia. » (Acc.)
« C. Moyens
« Les activités proposées au cours des deux années mettent en œuvre des supports, des instruments, des matériaux variés, et font appel à des techniques diverses. Elles familiarisent l’élève avec les gestes du travail, qu’il soit graphique ou pictural, ou qu’il s’agisse de fabrication. […] » (Programmes d’arts plastiques, cycle central.)
Cycle d’orientation
« 2) Savoir-faire, gestes, opérations techniques
De la classe de 6e à la classe de 4e, l’élève a expérimenté et s’est peu à peu approprié des gestes et des savoir-faire liés à l’utilisation des supports, médiums, matériaux, outils, dans des travaux en deux ou trois dimensions.
« Au cours de la classe de 3e, il s’agit pour lui, dans l’élaboration et la conduite de son projet, d’en choisir les moyens en fonction de ses intentions.
« S’appuyant sur la pratique des élèves, le professeur renforce les savoirs acquis ou en cours d’acquisition.
« Il s’agit de savoir reconnaître et de savoir utiliser des opérations :
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en dessin : schématiser, esquisser, réaliser un croquis, rendre compte du volume en modulant le trait et les valeurs ; […]. » (Programmes d’arts plastiques, 6e.)
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Toujours dans les Acc., nous pouvons noter que le dessin apparaît aussi comme « question » à propos du « projet de l’élève » :
« […] – de toute façon, son travail posera des questions d’arts plastiques (c’est-à-dire des questions de dessin, de valeurs, de couleurs, de choix d’instruments, de médiums graphiques ou picturaux, qui seront autant de décisions prises consciemment ou non). Ces questions deviendront, lors de l’évaluation, autant de points à expliciter qui permettront à l’élève et à la classe d’apprendre à travers ce qui a été fait ; […]. »
Il faut noter enfin, qu’avoir des connaissances et compétences en dessin fait partie des acquis « exigibles » en fin de 3e.
« […] Pendant l’année de 3e, des connaissances et des compétences sont acquises par les élèves. Elles correspondent aux différents points énoncés dans le programme.
« Il s’agit en particulier d’avoir acquis des connaissances sur :
« […] – l’ensemble des opérations indiquées comme relevant des savoir-faire, que ce soit en dessin, en peinture, ou dans le travail en volume ; […]. » (Programmes d’arts plastiques.)

Au lycée
Pour le lycée, les trois entrées envisagées dans mon introduction, sont moins « opératoires » ; le lycée proposant des cursus qui se différencient en seconde (enseignement de détermination ou option facultative), en première (enseignement obligatoire ou facultatif) et en terminale (enseignement de spécialité ou facultatif), et qui n’ont pas les mêmes enjeux au baccalauréat. C’est dans les limites de ces différenciations que se situe l’exercice.
Le dessin en tant que valeur instauratrice
« […] I.2 Définitions et finalités :
« Ils relèvent tous de la formation culturelle générale proposée au lycée. Au-delà des spécificités propres à chaque domaine de l’art, ils présentent des caractères communs et se fixent des objectifs sensiblement identiques qui sont de deux ordres :
« 1) d’une part, comme toutes les autres disciplines, ils se proposent d’aider l’élève à acquérir savoirs et savoir-faire, à construire sa propre personnalité, à développer son esprit critique, à devenir un citoyen responsable et ouvert, susceptible de s’intégrer dans une société démocratique ;
« 2) d’autre part, ils apportent à ce projet éducatif global une contribution spécifique irremplaçable. Par une approche de la pratique artistique comme par la fréquentation des œuvres, ils mettent en jeu le corps, le sensoriel et le sensible, développent d’autres modes de pensée, instaurent d’autres démarches, citent d’autres références et d’autres valeurs. Ils réhabilitent la notion de plaisir et ouvrent au bonheur qui naît souvent de la rencontre avec l’art.
« Pour autant, ils ne se désintéressent pas du devenir de l’élève, lui offrant aussi la possibilité de tester ses goûts et de vérifier et conforter un projet personnel allant éventuellement au-delà des études effectuées au lycée. […] » (Programmes d’arts plastiques, préambule commun.)
Comme pour le collège, il n’y a aucune ambiguïté possible sur les définitions et finalités de ces programmes ; lorsqu’elle est abordée, la « question du dessin » se traitera, soit dans le cadre de « compétences techniques » à acquérir, soit en terme de « maîtrise de ses moyens d’expression personnels ». Dans aucune des parties des programmes, l’enseignement du dessin ne peut être compris en tant que « valeur instauratrice ».
Le dessin en tant que projet (dessein)
Cette entrée peut fonctionner si l’on accepte de considérer que certaines parties des programmes font référence au dessin, sans le nommer précisément. Ainsi, nous pouvons noter dans « la composante pratique » des programmes, en première, enseignement obligatoire :
« […] III.1.1 La composante pratique
« Par un développement de sa pratique, l’élève est amené à une meilleure maîtrise de ses moyens d’expression personnels. Il repère et met en jeu différentes approches, différents codes plastiques (figuratifs ou non), découvre leur champ de validité et leurs limites. En fonction des situations d’enseignement, le travail porte sur :
« a) les constituants plastiques et leur mise en relation :
– les différents modes de représentation et de construction de l’espace ;
– l’incidence du geste, du médium : trace, signe, facture. […]
« b) le rapport au référent :
« – les questions de la "mimésis", […], de la représentation / présentation ;
[…] Les deux ensembles du programme
L’ensemble commun obligatoire :
La pratique artistique :
« Le lieu figuré : représentations bidimensionnelles (graphiques, picturales, photographiques) […] »
Le dessin en tant que technique et/ou moyen plastique
Dans l’ensemble des programmes, c’est l’entrée la plus repérable. Il faut noter qu’ici aussi, le dessin apparaît par déduction (sauf en seconde où il est nommément cité).
En seconde
« […] Compétences techniques :
L’élève est capable de mettre en œuvre les savoir-faire acquis et les opérations plastiques fondamentales abordés en cours d’année.
« Par exemple
– en dessin : schématiser, esquisser, faire un croquis à partir du réel ou à partir d’une œuvre, rendre compte d’un volume ; […]
dans le domaine de la vidéo et du numérique : exploiter, créer, monter et transmettre des images ; explorer les ressources graphiques, spatiales et temporelles offertes par l’utilisation des nouvelles technologies de l’information, de la communication et de la création. […] »
En première
« […] Compétences techniques :
« L’élève est capable :
– d’exposer sa démarche en choisissant avec pertinence les techniques qui lui permettent de donner à voir avec efficacité son projet :
• esquisses, éventuellement annotées ;
« Enseignement facultatif :
Compétences techniques :
« L’élève est capable :
de mettre en œuvre des savoir-faire graphiques et picturaux fondamentaux. […] »
En terminale
« […] Enseignement de spécialité :
« Dans "Compétences attendues" :
« Compétences techniques : Dans le cadre de réalisations plastiques situées dans le plan ou les trois dimensions, l’élève est capable :
– d’utiliser les principales techniques de notation graphique et chromatique ;
– de produire des images graphiques, photographiques, vidéo et informatiques ; […] »
« Le dossier du Baccalauréat :
« Ce dossier se compose :
– de croquis et esquisses, liés à ces recherches ; […] »
« Enseignement facultatif :
« L’élève est capable :
– d’exploiter des savoir-faire et de conduire des opérations plastiques fondamentales (notamment celles qui ont à voir avec l’organisation de signes plastiques ou la construction d’images dans une mise en espace réalisée sur des supports différents et selon des modes de présentation variés). »

Conclusion
Par nature, les programmes sont appelés à changer ; toutefois, deux constantes semblent se dégager à l’analyse des programmes depuis 1987 (date des précédents programmes en arts plastiques) :
1. L’enseignement du dessin fait partie des « opérations plastiques fondamentales » à maîtriser par les élèves.
2. Le dessin en tant que « valeur instauratrice » a laissé la place à un dessin partie prenante d’un projet éducatif global.

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