Mag arts : La question du dessin (3) - Les outils du dess(e)in
Éditorial >  
Un parti pris
Il est probable qu’au mot « outils » le lecteur associera un inventaire de ces ustensiles (crayons, gommes, etc.) habituellement liés à une certaine image des pratiques du dessin. Nous avons tenté d’élargir résolument le propos en nommant des repères qui ne sont pas nécessairement énoncés par les professionnels, lesquels en usent tellement qu’ils ne voient pas la nécessité d’en parler. Ces repères nous semblent à la fois « utiles » pour comprendre les œuvres tout autant que pour recentrer les observations souvent divergentes que formulent les élèves et pour répondre éventuellement à leurs attentes d’aide. Si l’on ne va pas débattre de l’intérêt du taille-crayon électrique par rapport au couteau que j’avais toujours en poche quand j’allais à l’école, nous attirerons l’attention sur des éléments « utiles » pour concevoir des projets et « désigner » leur intérêt.

Un professionnel dispose d’un temps de travail sans commune mesure avec celui que nos élèves peuvent consacrer à cette discipline : les quatre années de cours d’arts plastiques au collège, c’est à peine plus d’une semaine dans la vie laborieuse de Jean Olivier Hucleux ; mais les durées ne sont pas mesurables à la pointeuse et leurs « achèvements » respectifs n’auront pas le même niveau d’exigence. Des productions de l’un, qui travaille souvent seul, vont dépendre ses moyens d’existence, celles des autres ne sont pas destinées à être des produits finis commercialisables (sauf cas rarissime). En revanche, la classe est une somme considérable de richesses personnelles qui peuvent se conjuguer par l’expression orale, et les essais, même sommaires, peuvent aider à comprendre, susciter des idées, ouvrir aux autres..., et structurer des informations. Sabÿn Soulard, professeur d’arts plastiques, enseignante en collège, nous apporte un pan de sa pratique. Christophe Debraine, professeur d’arts plastiques, enseigne en lycée ; il nous montre un prolongement particulier d’un exercice commencé dans la classe.

La classe est un lieu idéal pour étudier des projets. Si des temps d’exécution sont « utiles » pour se forger des repères concrets et ancrer des « pouvoir faire », les conditions habituelles des séquences scolaires imposent de larges ellipses sur la part d’atelier et des raccourcis considérables sur les « grattages » traditionnels – souvent réduits à un rôle d’échantillonnage – au profit de la recherche et de l’évaluation formative autour de projets.

Notre « utilisation » du mot « outil » (cf. les articles d’Odile et Daniel Mary) privilégiera le plus souvent l’usage qu’en faisait Montaigne écrivant : « C’est un util de merveilleux service que la mémoire, et sans lequel le jugement fait bien à peine son office » (Essais, II), en ce sens que l’anticipation, la possibilité de s’en faire une idée, le droit de choisir, la précision de repères nommés,… en arts plastiques, sont aussi « utils de merveilleux service », des outils du dessein. Au passage, et parce qu’avec tout projet se posent des questions sur le choix des outils et des techniques, nous n’oublions pas quelques « ustensiles » traditionnels ou plus actuels et Alain Domenech, inspecteur d’académie-inspecteur pédagogique régional des arts plastiques, précise la large place faite aujourd’hui aux outils numériques. Nous remarquerons les utilisations très particulières de la photographie dans les pratiques artistiques de Gérard Schlosser et de Jean Olivier Hucleux ainsi que l’appropriation de l’outil numérique par ce dernier qui se sent pourtant si proche de Van Eyck et de Memling.

Ce numéro bouscule un peu la structure des précédents, avec un point de vue très étroit au plan disciplinaire. Il n’y en a que pour les arts plastiques ! Même Karim Zahouani, notre collègue de SVT, lâche le crayon HB cher à sa discipline pour faire face à ses propres problèmes d’expression plastique. La nouvelle « discipline » qu’il s’impose lui fait découvrir d’un coup, dans un raccourci exceptionnel, tout un programme de questions qui « outillent » habituellement la pratique de plasticiens et qui peuvent éclairer singulièrement quelques difficultés rencontrées par nos élèves. Cette « confusion disciplinaire » nous rappelle aussi la solidarité fondamentale dont sont nées nos diverses spécialités, « l’outilité » de chacun, le caractère souvent vital de nos complémentarités, et, sous la diversité de nos parcours, les potentialités que nous pouvons encore développer pour nous rapprocher. Karim Zahouani, le professeur qui devient plasticien, d’abord par nécessité et pour lui-même mais qui sait… Gérard Schlosser, le plasticien auquel on avait demandé de devenir professeur et qui nous accueille aujourd’hui… Nous apercevrons même l’image de Jean Le Gac, le professeur et plasticien.

Daniel Mary

 © SCÉRÉN - CNDP
  Créé en avril 2005. Actualisé en février 2005 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.