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Spécial Claude Lévi-Strauss
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Dans le courant de l’année 2008, de nombreux ouvrages viennent d’être dédiés et une kyrielle de manifestations organisées en vue de commémorer le centenaire de Claude Lévi-Strauss. L‘équipe du Mag se devait elle aussi de se replonger dans l’œuvre foisonnante de cet étrange explorateur de formes de pensée à la fois si éloignées et si proches, si jeunes et si ancestrales… En conséquence de quoi nous avons rouvert et redécouvert les passages émouvants de Tristes Tropiques que nous avions lus jeunes étudiants, ainsi que quelques extraits des chapitres majeurs des Structures et des Mythologiques qui ont tenu en haleine et fait appréhender à toute une génération intellectuelle – même si c’était parfois d’assez loin – un peu du structuralisme naissant et triomphant du milieu du XXe siècle. Voilà donc qu’à ce jour une bonne partie de l’immense œuvre de cet anthropologue – qui déclarait par ailleurs « haïr les exlorateurs et les voyages » – devient accessible et regroupée notamment dans un volume de la prestigieuse édition de la Pléiade, modestement intitulé Œuvres plutôt qu’Œuvre complète (la totalité de la production de Lévi-Strauss ne figurant pas – loin de là – dans ce seul volume). De même nous découvrions une actualité éditoriale riche de nombreux ouvrages critiques sur Lévi-Strauss, mettant particulièrement l’accent sur les apports novateurs et l’originalité de cette pensée à la fois érudite et « naïve ». Certains même clarifient de façon décisive les relations nombreuses et fondatrices de Lévi-Strauss avec sa formation philosophique d‘origine ainsi qu’avec quelques-uns de ses principaux contemporains (Barthes, Lacan, Althusser, bref un certain carré magique du structuralisme même si la place de Sartre reste grande). Au total les publications et manifestations ont été en si grand nombre qu’il nous a paru vain de vouloir les recenser et visiter de façon exhaustive. Nous avons donc pris le parti dans ce numéro de privilégier quelques angles d’approche thématique de cette pensée ambivalente, aussi friande de curiosités et de singularité qu’avide de rationalité et d’universel. Nous avons mis en perspective le parcours de la pensée de Lévi-Strauss par rapport à son siècle. Son itinéraire personnel d’intellectuel nous a été restitué dans un témoignage intellectuel et réflexif émouvant par Catherine Clément qui a bien connu et travaillé aux côtés de l’homme et du savant. De même nous avons grâce à Jean-Jacques Sarfati, philosophe et juriste à la fois, pu suivre les méandres de la façon singulière dont Claude Lévi-Strauss pense la question du droit dans son œuvre. Sylvie Taussig s’est attelée à la relecture du Lévi-Strauss esthète et fin lettré dix-septiémiste, celui notamment qui cheminait avec le Nicolas Poussin des Bergers d’Arcadie. Notre portrait intellectuel de Lévi-Strauss s’est voulu délibéremment un tant soit peu polémique pour rompre avec le regard consensuel médusé sur la grandeur de l’œuvre. Il a donc pris le parti d’en retracer aussi une certaine nostalgie et d’en montrer les hésitations, ou si l’on peut dire les fragilités. C’est que l’œuvre de Lévi-Strauss, tout immense qu’elle est, demande à être saisie comme représentante d’un symptôme à la fois historique et civilisationnel, ligne de fracture qui court entre les si célèbres oppositions tout entières à l’œuvre dans le corpus lévi-straussien : l’enfant et l’adulte, le cru et le cuit, le chaud et le froid, l’archaïque et l’avancé, le proche et le lointain. Il y a une proximité de plus à relever avec Jean-Jacques Rousseau, c’est celle d’un commun dilemme au sujet d’un bon sauvage, revisité chez Lévi-Strauss à l’aune de la linguistique et du structuralisme, du marxisme, de la psychanalyse. Il y a une tension qui traverse l’œuvre de part en part qui est celle d’un regard dépressif de tendresse, d’une lucidité qui en effet aura su – non sans souffrance – relativiser l’aura qu’un certain occident ayant pourtant perdu ses marques n’a toujours de cesse de vouloir continuer à s’attribuer. En plus de ce portrait intellectuel et polémique et des éléments bibliographiques, des sites et de la revue des revues que nous proposons dans ce dossier, nous complétons ce numéro 23 par une interview de Frédéric Keck, philosophe, chargé de recherche au Groupe de sociologie politique et morale (CNRS-EHESS), auteur notamment de Claude Lévi-Strauss, une introduction et un des principaux collaborateurs du volume de la Pléiade. Avec un peu de retard mais en toute sincérité et dans un mélange d’admiration, de respect et de gratitude, tout le Mag Philo et nous l’espérons tous ses lecteurs s’unissent pour vous souhaiter, cher Claude Lévi-Strauss, un très heureux anniversaire pour vos cent ans et au-delà !
Gilles Behnam, pour le Mag philo
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