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Un documentaire d’Hervé Martin-Delpierre (2004), produit par Génération Vidéo.
51 min |
dimanche 30 janvier 2005, 9 h 20 Libre de droits
Rediffusion sur le câble : lundi 31 janvier, 21 h 50
L’émission
Un monde manga se présente comme l’exploration d’une gigantesque industrie culturelle, tant du point de vue économique qu’artistique, et pourtant quasi inconnue en Occident : le manga, la bande dessinée japonaise. Le documentaire traite avec curiosité à la fois des œuvres, des auteurs, et des lecteurs qui forment le « monde manga ». Précis dans sa terminologie, le documentaire ne confond d’ailleurs pas manga et anime, l’animation nippone : s’il est souvent proche de celui des dessins animés, le monde de la bande dessinée ne se confond pas avec lui. Le mot manga signifie donc littéralement « image futile » et s’utilise pour « bande dessinée » en japonais.
Le manga est étudié en tant que phénomène de société : tous les Japonais ou presque lisent des bandes dessinées, les festivals réunissent des centaines de milliers d’amateurs, le manga est omniprésent dans la mode, la musique ou l’art contemporain nippon. Le documentaire évite toutefois de s’enivrer de l’aspect spectaculaire qui prime souvent dans la représentation que l’on a de ce phénomène en Occident. Une longue tradition de narration séquentielle, remontant au XIIe siècle, a procuré une culture graphique unique au peuple japonais, culture qui a servi de base à l’explosion du manga moderne dans l’immédiat après-guerre.
Avec des interviews de mangaka (auteurs de manga) parmi les plus célèbres de l’archipel, le documentaire parvient également à percer certains secrets de fabrication de ces bandes dessinées. On voit Naoki Urasawa avec ses assistants, on écoute Takehiko Inoue parler de la violence dans son best-seller Vagabond, on comprend pourquoi et comment Yoshihiro Tatsumi a créé un courant artistique particulier dans les années 1960. Avec des incursions dans l’intimité de grands créateurs désormais bien connus en France comme Jirô Taniguchi et la rencontre de la jeune mangaka Kan Takahama, Un monde manga dresse un portrait fidèle de la diversité de la bande dessinée contemporaine au Japon.
Le documentaire offre de nombreux exemples de manga et reprend dans sa forme les codes de la bande dessinée. Avec des techniques modernes comme le split screen (écran fragmenté) et un montage ingénieux où se mélangent vignettes de bande dessinée et images réelles, Un monde manga ajoute un aspect esthétique à son propos rigoureux.
La démarche
Une origine satirique
[Français, 1re, l’apologue]
À partir du passage sur le bonze et l’origine du manga.
Le film est l’occasion de s’intéresser à ce qui semble être l’ancêtre de la bande dessinée japonaise, un récit satirique dessiné par un bonze du XIIe siècle. Remarquer comment la dimension d’apologue de l’œuvre est liée au contexte politique de l’époque : l’utilisation d’animaux permet par son aspect léger et indirect de critiquer les travers des puissants seigneurs sans que l’œuvre soit un affront.
Compte tenu des images aperçues dans le passage, quels sont les défauts des seigneurs que le bonze tourne en dérision dans son récit ?
Quels liens peuvent être établis avec les œuvres d’autres époques, comme les fables (par exemple celles de La Fontaine) ou encore les caricatures (par exemple celles de Daumier) ?
Montrer les ravages d’Hiroshima
[Français, 6e-5e ; étude de l’image, histoire-géographie, 3e]
À partir du passage sur Gen d’Hiroshima.
Le réalisateur met en scène un manga célèbre de Keiji Nakazawa, Gen d’Hiroshima, qui raconte le choc et le traumatisme de l’explosion atomique de 1945 vus par un survivant. Le fait de relater cet événement par le biais de la bande dessinée implique d’utiliser l’image avec une fonction fortement narrative. Par les yeux du jeune Gen, le lecteur contemple une scène cruelle et marquante.
Relever les composantes de la scène :
Lieu et temps |
À Hiroshima, après l’explosion atomique. |
Personnages |
Des soldats, un jeune garcon (Gen), un blessé et des morts. |
Action |
Les soldats entassent des cadavres dans un camion pour les brûler. Gen s’aperçoit qu’un homme est encore vivant, mais cela n’empêche pas le soldat de le charger dans le camion comme les autres. |
Observer que l’impuissance de Gen devant l’homme blessé qui doit mourir d’une façon ou d’une autre (entassé ou pas) s’ajoute au profond pathétique de la scène.
Opposer la représentation de Gen et celle du soldat : Gen est le héros qui agit avec compassion et porte le regard du lecteur, et l’on voit ses yeux dessinés ; les yeux du soldat ne sont en revanche pas montrés. De quel côté le lecteur se range-t-il naturellement ?
Le graphisme transcrit lui aussi la cruauté et le pathétique de la scène. Caractériser le style rude et réaliste de Keiji Nakazawa : le trait est gros, voire grossier, et représente l’homme blessé et irradié de façon repoussante, à l’image de l’atrocité de la scène.
Les aspects socioéconomiques du phénomène manga
[Histoire-géographie, 3e et Tle ; SES, 1re ES]
Le monde du manga est révélateur de tendances importantes de la société japonaise. C’est une véritable industrie culturelle qui se situe entre les loisirs d’une jeunesse sans souci et l’exutoire des salary men (employés de bureau) surchargés de travail.
Le cosplay (abréviation de costume play) concerne des milliers de personnes. C’est une activité de loisirs plutôt régulière. Relever sa finalité sociale : comment ce loisir détermine-t-il le cercle d’amitié de ses pratiquants ?
Dans une société où l’employé se voue corps et âme à son activité professionnelle, le mangakissa (« café manga ») apparaît comme un îlot de réconfort où se détendre. Répertorier les services qui y sont offerts aux clients, en plus de la lecture de manga à volonté : n’importe quel besoin ou désir de consommation donne lieu à un ajustement du service proposé. Constater que l’organisation sociale au Japon (dont l’organisation des loisirs) est fonction de l’activité de production.
Le manga a pris son essor après-guerre et a eu un rôle historique dans la reconstruction de l’archipel, comme un média de propagande pour soutenir le moral du peuple ; il a depuis pris une dimension d’industrie culturelle. Quels liens peut-on établir entre les impératifs de production du manga et les caractéristiques de cette production ?
Impératifs de production |
Caractéristique du produit manga |
Pénurie de papier après guerre. |
Système de location de manga. |
Papier bon marché, noir et blanc. |
Publications à très fort tirage. |
Concurrence des très nombreuses publications. |
Sélection des séries par le succès. |
Opposer la pratique japonaise de la BD et la pratique occidentale, en comparant le rythme de publication d’un auteur comme Naoki Urasawa et celui d’un auteur français, puis en relevant les lieux de pratique de la lecture dans les deux pays.
Ce marché gigantesque est trop gros pour s’adresser à un public unique. Selon Kan Takahama, quelle est la catégorie de public la plus représentée ? Quels sont les publics auxquels s’adresse Naoki Urasawa dans ses œuvres, et pourquoi cela fait-il son succès ?
Vers une esthétique BD réaliste ?
[Français, 2de : « Un mouvement littéraire ou culturel]
Un mouvement esthétique se constitue toujours en réaction à celui qui le précède. Reconstituer l’évolution esthétique du manga à travers les propos des mangaka interrogés : quelles nouveautés recherche chacun d’eux ?
L’auteur |
s’oppose à |
en recherchant |
Osamu Tezuka (selon Tatsumi) |
La simplicité des anciens manga. |
Une « vraie dramaturgie ». |
Yoshihiro Tatsumi |
La représentation infantile et mensongère du réel. |
Une représentation vraisemblable de la violence. |
Takehiko Inoue |
La faible valeur de la vie humaine dans la fiction. |
Une manière de montrer la valeur de la vie et de la mort d’un homme. |
Kan Takahama |
La naïveté sentimentale et graphique des séries pour jeunes filles. |
Un réalisme des sentiments et des comportements. |
Vers quel type de représentation se dirige le manga ? S’agit-il d’un type unique, et peut-on parler d’une et une seule école japonaise de bande dessinée ?
Filmer la bande dessinée
[Tle L, option cinéma et audiovisuel]
Dans le documentaire, plusieurs bandes dessinées sont filmées par le réalisateur, mais pas de façon uniforme. Observer les différentes manières de mettre en scène à l’écran ce média visuel afin de le faire vivre dans l’espace de l’écran. Répertorier les différentes techniques propres à l’audiovisuel employées pour restituer la narration des bandes dessinées : banc-titrage, split screen (écran fragmenté), zoom, voix off... Distinguer trois séquences où les techniques spécifiques de la bande dessinée sont utilisées de façon complémentaire :
– la bande dessinée filmée selon le procédé du cinéma (image après image) ;
– une page de bande dessinée dont les cases s’animent ;
– l’audiovisuel utilisant la structure d’une planche de bande dessinée (images filmées montées en split screen comme une planche de bande dessinée).
Dans ces mises en scène, images fixes et images mobiles cohabitent et se répondent. Noter les enchaînements des unes aux autres. Remarquer à quels moments ces transitions entre le monde dessiné (imaginaire) et le monde filmé (réel) sont particulièrement porteuses de sens.
Quel est le rôle joué par la bande-son dans les plans où une bande dessinée est filmée ? De quelle façon le support audiovisuel restitue-t-il les bulles de dialogue, la musique notée graphiquement et les onomatopées dessinées ?
Le document
Comment les Japonais consomment un manga
Les Japonais lisent énormément. Du manga, tout d’abord, qui représente 30 % de parts de marché, mais aussi beaucoup de magazines et de livres. Où les Japonais se procurent-ils ces ouvrages, comment ceux-ci sont-ils présentés et quelles sont les habitudes de consommation nippones ?
Les Japonais sont toujours en train de courir après le temps. D’ailleurs, pour les magazines de prépublication, la date indiquée sur la couverture est toujours en avance par rapport à la date officielle de sortie (par exemple, le numéro de mars d’un mensuel sortira en février, le numéro hebdomadaire de la semaine 52 sortira souvent en semaine 50 voire 48 et ainsi de suite). Là-bas, la durée de vie d’un magazine de prépublication hebdomadaire est de 24 heures : il est lu à 90 % le jour de sa sortie en kiosque. Il est donc important que celui-ci soit livré à temps. Les libraires reçoivent donc les magazines la veille, et certains (surtout à Tokyo) choisissent parfois de les vendre avec un peu d’avance. De plus, les éditeurs japonais ont eu la sagesse commerciale de répartir leurs publications sur différents jours de la semaine de manière à ne pas concurrencer un autre magazine positionné sur le même créneau.
Au pays du Soleil Levant, contrairement à la France, on ne fait pas de distinction entre presse et livre en tant que tel. Ainsi, le premier contact quotidien du Japonais avec le manga se fait généralement sur le quai de la gare en attendant le train. On achète alors son journal dans un petit box d’environ 3 mètres sur 3, proposant également des cigarettes, des boissons et de la nourriture. Les marques Kiosk et Newsday, qui existent depuis 1987, possèdent des boutiques de petite taille sur de nombreux quais de la Japan Railway (JR), ainsi que des magasins plus grands dans les galeries qui mènent aux trains.
Il existe de nombreux types de librairies, plus ou moins grandes, indépendantes ou dans des centres commerciaux. La plupart des manga et des magazines y est vendue. Les manga sont sous plastique (les nouveautés mises en avant), seul un exemplaire est généralement consultable (les magazines étant ficelés). Les conbini, magasins de proximité, ont également leur rayon presse et manga (avec énormément de rééditions bon marché). Enfin, la dernière particularité de l’achat neuf d’un manga au Japon est l’ajout d’une couverture en papier kraft par le libraire. La double fonction de ces jaquettes supplémentaires est à la fois, pour le libraire, de faire sa pub, tout en assurant au client une discrétion concernant ses lectures.
Mais si la consommation de manga ou de magazines commence sur les quais de gare, c’est souvent là qu’elle finit. Les Japonais ayant depuis longtemps intégré la notion de tri sélectif, on trouve sur chaque quai à proximité d’un kiosque (et devant les conbini) des poubelles destinées à accueillir les différents types d’ordures. Une pour les bouteilles, une pour les déchets divers et une pour les magazines et le papier à recycler. C’est là qu’atterriront les ouvrages.
Sébastien KIMBERGT, « Les Librairies au Japon »,
Le Virus Manga, n° 3, mai-juin 2004.
Pour en savoir plus
GROENSTEEN Thierry, L’Univers des mangas : une introduction à la bande dessinée japonaise, Casterman, 1996.
« Le Petit Monde du manga », AnimeLand, hors-série n° 5, juin 2003.
Mang’Arte, un site de la chaîne Arte consacré au manga, qui propose un contenu inédit ouvert sur des auteurs peu connus de la BD japonaise.
www.arte-tv.com/
Le site du magazine AnimeLand propose un contenu gratuit fait d’articles inédits et d’informations sur le monde du manga et de l’animation japonaise.
www.animeland.com/
La Maison de la culture du Japon à Paris
101 bis, quai Branly – 75740 Paris cedex 15
Tél. 01 44 37 95 01
www.mcjp.asso.fr/
Denis Sigal, professeur de lettres modernes |
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